Une Citadine Non-Sportive s’embarque dans un Voyage à Vélo-Tandem de longue durée
Témoignage de Cindy.
Une Citadine
Une citadine, une vraie ! Habiter en immeuble, dans des appartements. Les bruits des voitures à toute heure du jour comme de la nuit, l’air pollué, la proximité des attractions culturelles et des centres commerciaux, Ca, c’est mon monde !
Élevée dans le quartier de La Bruyère à Grenoble, j’ai changé, à 10 ans, les quelques rares arbres qui poussaient à côté de chez moi en énormes panneaux publicitaires. Voilà à quoi ressemblait le centre ville de Varsovie en Pologne. Avec son centre d’affaires, ses grandes routes à haut trafic et ses centres commerciaux bondés.
La campagne je l’ai connue par intermittence durant certaines vacances.
J’ai grandi en ne m’imaginant pas une seule seconde vivre dans une maison un jour. Je change un peu à présent, mais il est vrai que plus l’appartement est petit et moderne, moins il y a à s’en occuper et mieux je me porte. Les plantes font partie du décor à mes yeux, malgré mes efforts je finis par les oublier, elles meurent toutes quand elles sont livrées à ma seule surveillance… et je ne connais pratiquement aucun nom de ces jolies espèces vertes. La présence de petites bestioles de type rampant, j’en suis guérie à présent, créaient chez moi des réactions phobiques que je maîtrisais peu.
Voilà, une citadine, une vraie. Fière de l’être et ne désirant pas forcément s’expatrier dans des endroits paumés loin de la civilisation.
Je rajouterai, en conséquence avec ce qui va suivre, que j’aime avoir un certain confort de vie. Je ne suis pas une fille très coquette, je ne possède pas énormément d’habits et déteste faire du shopping, néanmoins j’aime bien me faire belle. Me maquiller un peu, prendre soin de ma toilette. Comment vais-je faire en voyage sous la tente?
La Citadine part en voyage en itinérance.
En itinérance, cela veut dire changer d’endroit quasi quotidiennement. Cela veut dire aussi, porter toutes ses affaires sur soi. En fonction du mode de transport que l’on choisit on est plus ou moins limité par la quantité et le poids de celles-ci. En voiture, on peut emporter pas mal d’affaires, à pied il faut prendre le strict minimum, le dos porte tout, cela se joue au gramme près. En vélo, on est au milieu. Disons qu’on peut se permettre de prendre quelques petits bonus mais il ne faut pas en abuser. Concrètement pour moi cela voulait dire au revoir au maquillage, aux robes, aux chaussures de type autre que baskets, aux crèmes pour le corps et j’en passe. Dorénavant, je me lave au savon de Marseille le corps comme les cheveux. Mon seul produit de beauté, c’est l’huile de coco (conseil d’une amie, merci!!) qui hydrate ma peau et nourrit mes cheveux. Pas de parfum, vous vous l’imaginez, alors pour lutter contre les odeurs désagréables j’utilise de l’huile essentielle de palma-rosa, c’est une des rares huiles essentielles qui peut s’appliquer directement sur la peau. Nous avons pris un déodorant pour deux avec Thibaut, bio, aux cristaux de pierre d’alun et à l’eau florale. Les mauvaises odeurs c’était ma hantise, avec peu d’habits de rechange, en faisant du vélo toute la journée et n’ayant pas la possibilité de se doucher souvent, je m’imaginais le pire… Heureusement nous avons trouvé de bons habits en fibre de mouton de Mérinos qui ne captent pas les odeurs et qui ne puent pas si ils sont aérés quotidiennement, alléluia !
Autres peurs : la pluie, le froid, la fatigue, être loin de chez soi. Vous ne pouvez pas vous imaginer les peurs qui m’assaillaient les mois précédents ce voyage de folie. Et si nous n’avions pas pris de duvets assez chauds, et si nous restions coincés sous la pluie pendant des heures ? Et si j’en avais marre et que je voulais tout simplement rentrer à la maison ? Heureusement la réalité du voyage est toute autre. L’excitation de la découverte domine le reste. Et on s’adapte. On a la possibilité de loger chez l’habitant, alors régulièrement on prend deux trois jours pour se reposer, faire des lessives et se ressourcer un peu. On regarde la météo de sorte à n’être pas bloqué sous le mauvais temps. On a dû acquérir une petite couverture en plus de nos duvets car, en effet, il y a eu quelques nuits plus froides. 🙂
Je me suis rapidement rendu compte qu’il y avait peu de situations dans lesquelles c’était « la fin du monde ». Il y a toujours la possibilité de demander de l’aide en cas de besoin, ou de faire des achats supplémentaires, ou de rester au chaud dans un appartement quelques jours. L’Europe est loin d’être le Sahara !
Non-Sportive…
… comment vous expliquer ? Hm. Ma mamie m’a dit, il y a quelques années, quand mon petit cousin avait deux ans et qu’il chahutait de partout :
« Ah toi Cindy tu étais différente. Tu étais si sage, c’était tellement agréable. Dès toute petite, on pouvait te poser sur une chaise et partir une demi-heure car on savait que tu serais toujours à la même place en revenant. »
Oui… sage, calme, jamais un mot plus haut que l’autre. Oui, voilà quel était mon caractère. J’espère avoir changé en grandissant car, pour compléter le descriptif de ma personnalité, je rajouterais les adjectifs suivants : inactive, mollassonne, souvent fatiguée.
En primaire je me cachais derrière les arbres de la cours de récréation en attendant que les vingt minutes de course obligatoire se terminent. En guise d’activité extra-scolaire, je faisais du violon. J’ai bien essayé de commencer une activité sportive, mais ça n’a jamais été un franc succès. Je déteste le sport. Au collège et au lycée, si je n’étais pas la derrière, j’étais au mieux l’avant-avant dernière de la classe en cours de sport. La seule chose que j’ai toujours voulue faire, c’est de la danse, mais comme le violon était de plus en plus exigeant et que l’école prenait beaucoup de temps, je n’ai jamais vraiment eu d’énergie pour entreprendre cette autre activité.
Une fois devenue adulte, j’ai essayé de commencer à faire de la course à pied, juste histoire de me dégourdir les jambes et d’avoir une vie saine et équilibrée. Ce fut un échec total. Au bout de dix minutes j’avais des crampes, des points de côtés. J’en suis venue à la conclusion que je ne savais pas faire, que ce n’était pas pour moi. 😉
Ce que j’ai découvert et qui m’a plu, c’est la marche à pied en montagne. A mon rythme, je pouvais marcher des heures durant et atteindre de magnifiques sommets dans les Alpes. Le vélo aussi j’ai bien aimé quand je m’y suis mise. Mais alors attention, j’aimais bien quand ça n’allait pas trop vite et que c’était sur du plat !
Lorsque j’ai arrêté mes études et que j’ai commencé à travailler, d’abord en temps que vendeuse puis en temps que pâtissière, un grand changement s’est produit dans ma vie. Vous me croirez ou non mais être debout toute la journée, cela a changé la donne. J’ai même eu envie à ce moment-là de ma vie d’aller courir de temps à autre, car j’avais besoin de dépenser un peu d’énergie.
Quand nous avons décidé de partir voyager en tandem avec Thibaut, je me suis tout de suite dit qu’il fallait que je me prépare physiquement. J’ai alors commencé à faire du vélo, à monter les pentes de la Croix-Rousse le plus régulièrement possible, j’ai même travaillé un court temps en temps que livreuse à vélo. Cela m’a fait beaucoup de bien, mais j’étais encore loin de pouvoir faire des dizaines de kilomètres par jour.
La Non-Sportive part en voyage en tandem.
Plus encore que mon confort, mes peurs se tournaient du côté de ma condition physique. Mais comment allais-je faire ? Thibaut, vient d’une famille sportive. Quand il était petit, il a fait de l’athlétisme, du vélo. Il était clairement plus entraîné que moi (ce n’est pas compliqué, vous me direz…).
– Thibaut, tu sais que je ne serais pas capable de faire 100 km par jour, n’est-ce pas ?Dis, tu crois, qu’il est possible de choisir sa trajectoire pour rester toujours sur du plat ? Tu n’en auras pas marre de moi, si je n’en peux plus, si je suis fatiguée, si je rouspète, si… ?
-Cindy, je te connais et je pars avec toi en connaissance de cause, je sais que ce ne sera pas toujours évident… Nous allons aller à notre rythme, si il faut s’arrêter quelques jours nous nous arrêterons. Ne t’inquiète pas nous n’allons pas faire d’exploit sportif, nous partons voyager, et c’est cette dimension qui est la plus importante.
En plus d’être adorable avec moi, il tient sa promesse. Nous faisons 50 km à 60 km par jour. Nous évitons de passer par les montagnes et privilégions les itinéraires faciles. Ainsi je m’accommode à ce rythme de vie et petit à petit j’appuie plus sur les pédales. Les dénivelés me font de moins en moins peur.
Ça n’a évidemment pas été facile au début, car outre la notion de sport il y a la position qui fait mal à vélo. Il faut prendre son mal en patience le temps que le corps s’adapte. Au bout de deux semaines de mal de fesses, et mal dans une multitudes d’autres endroits : nuque, bas du dos, poignets, etc., je m’y suis faite. Maintenant, au bout de deux mois, je peux dire que ça va !
Conclusion
Je ne cache pas qu’il y a des moments difficiles. Par exemple, là, je suis en train d’écrire dans la tente sous la pluie. Je sais que demain on va devoir attendre que la tente sèche un minimum, on va devoir rincer certaines affaires de la boue. Il y a des fois où j’ai envie de rentrer à la maison. Cela arrive en général en fin de journée, quand je suis fatiguée, que j’ai faim et que nous n’avons pas encore trouvé d’endroit où planter la tente. Oui cela arrive. La vie que nous choisissons pour les quelques prochains mois est déstabilisante sur de nombreux points mais franchement, vraiment franchement, je n’arrêterai pas cette aventure. En tout cas pas tout de suite. Ce que je ne m’imaginais pas avant d’entreprendre ce voyage c’est à quel point ma vie s’assainirait : être dehors toute la journée, faire du sport, manger équilibré, dormir profondément et se réveiller en même temps que le soleil. Ce que je ne m’imaginais pas c’est cette excitation qui me prendrait par les tripes, découvrir, aller plus loin, prendre le temps de visiter des endroits magnifiques, assister à des tas de couchers et levers de soleil !! Et cette liberté… avancer, profiter et ne rien devoir à personne ! Ça vaut vraiment le détour 🙂 il est temps pour cette Cindy d’avant de changer et de devenir pour un temps un peu plus campagnarde et sportive 🙂
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Ce commentaire a été transféré depuis l’ancien blog, il a été rédigé le 4 décembre 2017:
Merci Cindy pour ce magnifique partage authentique et touchant!
Ce qui me touche particulièrement et qui fait échos à mes expériences de voyage c’est le retour à l’essentiel, se débarrasser du superflu et prendre le temps de vivre l’instant présent. Le superflu peut être tant dans le matériel que dans notre mode de vie citadin et ses contraintes. Je te trouve vraiment courageuse de vivre cette aventure qui a ses côtés inconfortables. Il est vrai que nos petites habitudes citadines et notre petit chez-soi nous apporte de la sécurité et du confort. Se détacher de tout ça pour s’offrir l’aventure et la liberté est un acte qui pour moi demande beaucoup de courage. Mais comme tu le dis et le vie en ce moment, ça vaut le coup!
Voyager m’as énormément appris sur les autres, le monde et surtout sur moi-même. J’ai l’impression que sortir de ses habitudes et partir à l’aventure est le meilleure moyen pour se rencontrer soi au plus profond.
Je trouve ça géniale que tu sois allée au delà de tes peurs et de tes croyances (« je ne suis pas sportive, je n’y arriverai pas… ») et que tu arrive à te prouver à toi-même tout ce dont tu es capable! Et c’est génial que Thibaut soit là pour t’accompagner dans cette aventure. Comme quoi l’amour peut permettre de bien belles choses ?
Ce commentaire a été transféré depuis l’ancien blog, il a été rédigé le 4 décembre 2017:
Una bella avventura per questa coppia altrettanto meravigliosa che in sella al loro tandem decidono di fare il loro viaggio di nozze percorrendo le strade dell’Europa. Un sano entusiasmo caratterizza la loro bella avventura ed eccoli che arrivano in Calabria in una fredda e piovosa serata autunnale, a San Costantino Calabro. Con immenso piacere decido di dar loro calorosa ospitalità nella mia casetta di campagna. Trascorro con loro piacevoli momenti ascoltando le loro impressioni sul cicloviaggio che stanno effettuando e sono molto entusiasti e felici per quanto stanno assaporando in sella al loro tandem.