Départ de Bangkok

Le Nouvel An Chinois, dont les festivités ont commencé le 5 févier 2019 nous a accueilli en Asie. Une année lunaire s’est écoulée depuis, les festivités recommencent, et c’est au milieu des lanternes rouges et des dragons colorés que nous quittons la Thaïlande.
Le soleil aussi a fini son cycle. De notre balcon perché dans les nuages, nous l’avons observé toute l’année rougeoyer en fin de journée. Au début très à gauche et bas dans notre champ de vision, il s’est décalé plus au centre et plus en hauteur. Les journées se sont légèrement rallongées, et puis de nouveau il est allé se remettre vers la gauche et s’est mis à se recoucher plus tôt.
Les cycles passent, les boucles se bouclent. Nous partons. Nous avons d’autres projets à réaliser, d’autres aspirations, ailleurs.
Cette fois-ci nous voulons nous essayer au voyage avec de légers sacs à dos, dépendant de tous les transports motorisés qui existent. Nous n’écartons pas la marche, et nous espérons pouvoir faire de beaux treks sur notre chemin. L’idée est de gambader et découvrir quelques coins d’Asie que nous n’avons pas encore eu l’occasion de voir puis nous diriger vers l’Europe où nous désirons nous installer à long terme. Le choix s’est porté sur Lyon ou ses environs. Nous nous y sentions bien, nous aimons cette région de France et nous serons ainsi pas loin de nos proches.
Thibaut ne profitera pas du billet retour qu’il aurait pu avoir dans le cadre de son contrat. Au lieu de voyager lui, il optera pour faire voler nos affaires qui seront rapatriées en France, pendant que nous nous dirigerons par voie terrestre vers le Myanmar (Birmanie), pays frontalier de la Thaïlande.
L’heure est venue de faire nos valises dans lesquelles nous déposons nos souvenirs.
Un Guest Book qui aura été, en un an, bien rempli. Nous le conservons précieusement. Y ont laissé leurs traces : des cyclistes passant par là et accueilli via le site warmshowers.org, les connaissances de connaissances de passage dans ce hub impressionnant qu’est Bangkok, des amis de France, de Pologne et même d’Espagne, la famille des deux côtés. Depuis octobre dernier, les visites se sont bien enchaînées : après la famille de Thibaut, c’est Natalia et Marine, deux amies d’enfance de Cindy, ainsi que Guirec le copain de Marine qui ont séjourné dans le Pays du Sourire. Une occasion pour redécouvrir la côte ouest et ses fameuses petites îles :

Puis Mathilde et David nous ont fait l’honneur de passer Noël avec nous. Vus au Laos par surprise en octobre (cf Article sur le Laos), ils ont continué leur chemin et sont arrivés chez nous mi-décembre. Une occasion pour eux de se poser, se reposer, réparer leur vélo, se rafraîchir dans la piscine et nous faire de bons petits plats. Une occasion pour nous de profiter de nos chers amis, d’écouter leurs histoires palpitantes, de jouer aux jeux de société et de partager avec eux des reliques de fromages conservés précieusement pour leur arrivée. lls sont restés jusqu’à Noël, un Noël tout à fait pas comme les autres : entre amis tandémistes et non en famille (quoiqu’on pourrait facilement considérer que « c’est la famille » ;D), assis sur une table en bois de camping, en plein centre d’un magnifique parc National, à manger des criquets. Avouez, que pour être original, c’est original !

Et pour le Nouvel An c’est le papa de Cindy avec son petit frère et sa petite sœur qui sont venus de Pologne.


Ah… Habiter loin des siens, cela sépare et rapproche à la fois. Nous nous faisions la réflexion que nous n’aurions probablement pas passé de moments si longs, précieux et intenses avec certains amis et membres de nos familles si nous n’étions pas partis si loin. Comme quoi…
Dans nos « valises » également, une nouvelle langue dont nous connaissons les rudiments et les règles de lecture. Dont la mélodie et le rythme, si différents de ce que nous connaissions jusque-là, continueront longtemps de chanter dans nos souvenirs. Et puis cette langue, universelle qu’est l’anglais, que nous avons dû beaucoup pratiquer. Notre niveau s’en est nettement amélioré.
Des paysages verdoyants avec cette végétation tropicale, totalement différente de la notre et cette faune exotique. Nous avons eu l’occasion de visiter plusieurs parcs Nationaux qui sont bien préservés et, à l’antipode de Bangkok, ont encore l’air vierge et intouché par l’homme. On imprime dans nos mémoires ces magnifiques papillons grands et colorés comme nous en voyons rarement en Europe.

Mais aussi quelques milliers, millions de particules fines que nous emportons au fond de nos poumons. Les fameuses PM 2,5, dont tout le monde parle entre décembre et février à Bangkok, lorsque leur niveau atteint des valeurs inquiétantes. Les contours des buildings deviennent flous, et les habitants se mettent à porter des masques et faire tourner les purificateurs d’air intérieur à plein régime.

Lors de la veillée de Noël organisée par l’Ambassade de Pologne
Cette vie de luxe où il nous manque rien, où tout nous est servi sur un plateau et où nous rencontrons les communautés internationales. Que ce soient les francophones, les anglophones ou encore les polonais, nous côtoyons des personnes qui partent s’installer dans un autre pays pour travailler, comme d’autres déménageraient dans la ville voisine. Qui partent à Bali en vacances, comme les français partiraient en Corse. Qui ont beaucoup vu, côtoyé diverses cultures, acquis de nombreuses expériences.
Une religion, majoritairement bouddhiste, que nous avons découverte et redécouverte. Il était extrêmement intéressant d’observer les coutumes et les traditions diverses et variés étroitement liées à cette religion. Nous n’avons pas pu nous empêcher de la comparer avec ce que nous connaissions, c’est-à-dire la religion chrétienne, influence majoritaire en Europe. Nous aurions beaucoup de choses à dire, mais nous gardons cela pour des discussions de vive voix autour d’un bon thé.. Il était aussi intéressant de comparer les philosophies bouddhistes dans leur version locale avec la façon, plus épurée, dont elle nous sont présentées en Europe.
Des aventures musicales pour Thibaut. Deux répertoires de chorale aboutissant à des concerts. Et un groupe, un quartet, formé fin août, enfin, qui fera son premier (et du coup unique) concert l’avant-veille de notre départ.
Il nous tenait à cœur de nouer des relations avec les Thaïlandais. Après tout, c’est bien dans leur pays que nous nous rendions, et c’est par eux que nous souhaitions le découvrir. Cependant, après seulement un an, la barrière culturelle et celle de la langue restent encore trop fortes pour aller plus loin que de simples banalités. Au-delà de ça, nous avons cette impression que même si nous restions des années et que nous maîtrisions bien la langue, nous serions toujours considérés comme d’étranges étrangers. Ainsi nous l’observons, les étrangers (occidentaux) qui vivent ici se forment une bulle dans laquelle ils se sentent bien et n’ont pas besoin d’interagir plus que ça avec la population locale. Et pourtant…Thibaut, via ses collègues de travail par exemple, Cindy par ses cours de français aux étudiants thaï et de thaïlandais, mais plus généralement par toutes les interactions de la vie quotidienne, nous avons l’impression d’avoir non seulement pu creuser dans la riche culture du pays, mais aussi qu’elle a pu infuser en nous de manière subtile mais profonde.
Ce sont donc des valises pleines d’expériences d’une qualité si particulière : fascinantes, riches, surprenantes parfois frustrantes, perturbantes ; bref, cette qualité que seule sait produire la passionnante alchimie du voyage, que nous emportons avec nous.
