INDE confinement de rêve.

20 avril 2020 0 Par CIN-TIB

Le 17 mars, nous sommes arrivés au plus bel endroit de notre voyage. Dans les montagnes verdoyantes de la région du Meghalaya, à la frontière du Bangladesh, se trouve un village célèbre pour son “pont de racine à double étages” : Nongriat.

Il existe plusieurs ponts de ce genre dans la région. Tressés à partir de jeunes racines d’arbres, les ponts se renforcent naturellement au fil des ans, au fur et à mesure que les racines s’épaississent et durcissent. Ce processus peut nécessiter plusieurs années avant que la première personne puisse traverser le pont. Certains ponts sont renforcés par de la terre, des pierres et des planches et d’autres sont uniquement constitués de ces entrelacs de racines. Le pont à 2 étages de Nongriat, vieux de plus de 2 siècles, peut maintenant porter sans problème plus cinq personnes à la fois.

 

Ce village étonnant, situé dans une vallée verdoyante en pleine jungle, est accessible via deux heures de marche. Le long du chemin d’accès, plusieurs petits kiosques en bambou vendent des chips, des biscuits et du jus de citron frais. Et à Nongriat, il est possible de rester dormir quelques nuits en pension complète dans les chambres dites “homestay”, c’est-à-dire mises à disposition par les habitants.

Afin d’être plus léger pour randonner, Thibaut a décidé de laisser sa guitare dans une auberge de jeunesse de la grande ville du coin, où nous devions repasser de toute façon au retour. Nous avons retiré assez d’argent pour tenir quelques jours et avons planifié de rester à Nongriat pour trois nuits. Le deuxième jour, nous avons fait une grande boucle pendant toute une journée. Nous avons d’abord grimpé 700m de dénivelé, puis nous sommes redescendus d’autant en passant par des chutes d’eau, des petits villages, d’autres ponts de racines et de belles rivières, malgré leur niveau d’eau très bas.

Vu sur le village de Nongriat

En chemin, dans un petit village, un papi nous fait la conversation, il veut absolument une photo avec l’un d’entre nous.

Lit de la rivière en saison sèche mais pas vraiment à sec!

Heureux et épuisés, nous sommes retournés juste avant la nuit dans notre hébergement. Nous avons été accueillis par un véritable climat de panique : le gouvernement indien déclenchait dans 2 jours un confinement total pour lutter contre le coronavirus. On nous dit : “soit vous partez immédiatement et essayez de prendre les derniers vols qui vous ramèneront chez vous, soit vous restez ici pour une durée indéterminée”. Des conversations alambiquées et irrationnelles ont vite démarré parmi la quinzaine de touristes sur place, envisageant les scénarios les plus terribles pour l’avenir. Nous nous sommes donc vite esquivés et avons tranquillement envisagé ces deux options. Nous sommes arrivés au résultat suivant : il n’aurait peut-être pas été possible d’atteindre la capitale, qui se trouve à 2300 km, avant que tous les vols commerciaux ne soient annulés. Et au lieu de rester dans ce bel endroit et son environnement naturel et sain, nous pourrions être enfermés pour une longue durée dans une minuscule chambre d’hôtel d’une grande ville. Si nous parvenions à atteindre la France, plusieurs semaines de confinement nous attendraient également. Enfin, le troisième argument était que, dans ces temps de propagation du virus, mieux vaut rester là où nous sommes plutôt que parcourir d’énormes distances en nous exposant, ainsi que les autres, à la maladie. Conscients des avantages et des inconvénients de notre décision, nous sommes restés.

Le lendemain, les deux tiers des touristes ont fui et nous sommes restés à six. Mika, un Allemand d’une quarantaine d’années, danseur. Xavi, catalan, de notre âge. Peter, un Américain, de quatre ans de notre aîné et Helika, une Russe qui vient à Nongriat depuis cinq ans et y reste quelques mois à chaque fois.

De gauche à droite: Cindy, Thibaut, Mika, Peter et Xavi.

Et ici sur les marches on voit Helika avec qui on passe moins de temps car elle loue sa propre maison plus haut dans le village.

Nous vivons donc avec la population locale dans un village d’environ 250 âmes et comptant 40 maisons. Et avec une poignée de voyageurs sympathiques qui, comme nous, se sont retrouvés coincés ici.

Les conditions sont paradisiaques. Pour moins de 15€ par jour pour 2, nous disposons d’un hébergement et d’une pension complète. A cela il faut ajouter : la liberté de se promener partout sauf en direction des autres villages, le soleil, la possibilité de rencontrer les locaux, l’eau de source en abondance, les belles piscines naturelles et, très important, l’accès à internet et l’électricité !

Leenis, notre hôte, comme tous les soirs, nous prépare des chapatis ou galettes indiennes.

Païla, presque 3 ans, le fils de Leenis et Alex, nos hôtes.

Ici au deuxième plan nous voyons la maison dans laquelle nous louons une chambre. Au premier plan c’est un bassin de rivière presque à sec où les habitants viennent récupérer des pierres pour les constructions en cours dans ces sacs bleus.

A 10min à pieds voici LA piscine d’eau cristalline.

Le plus loin que nous puissions aller est aussi notre endroit préféré : la cascade “arc-en-ciel” avec son bassin turquoise et rafraîchissant.

 

Nous perdons la notion du temps ici, une semaine, un mois, quelle différence ? De toute façon, personne ici ne s’en soucie. La vie se déroule lentement et sans stress depuis toujours.

Ce qui nous ramène à la réalité, c’est qu’au bout d’un mois, il se met à pleuvoir de plus en plus et qu’après les orages, la température baisse considérablement. Signe que la saison des pluies va bientôt commencer. En effet, nous sommes dans l’un des endroits les plus pluvieux du monde, ce qui explique la verdure omniprésente et le fait que la rivière coule encore même en fin de saison sèche. Nous nous demandons si nous aurons l’occasion de voir cette rivière haute et les belles chutes d’eau à leur pleine puissance.

Les jours se sont rallongés, les cheveux de Thibaut ont poussé (et Cindy les a coupés) … il nous reste encore une certaine notion du temps !

Les informations aussi nous relient à la réalité. Nous lisons ce qui se passe dans le monde et nous sommes au courant de tout en direct…

Une triste nouvelle nous est parvenue il y a quelques semaines. En France, la grand-mère de Cindy a été diagnostiquée avec un cancer avancé. Nous ne savons pas combien de temps il lui reste à vivre. Suite à cette nouvelle, nous avons voulu savoir s’il y avait un moyen de rentrer en France malgré l’absence de vols commerciaux. Avec l’ambassade, nous avons exploré de nombreuses pistes mais nous sommes trop loin de la capitale et même les voitures privées n’ont pas le droit de circuler, encore moins les bus ou les trains… Bref, il faut attendre que le confinement se relâche un tant soit peu. Quoi qu’il en soit, la famille nous conseille de rester où nous sommes parce que la situation en Europe n’est pas si rose non plus… donc nous attendons. Nous avons réussi à appeler la grand-mère de Cindy, ce qui était très important. Nous pensons beaucoup à elle, c’est de toute façon la seule chose que nous pouvons faire pour elle en ce moment.

En plus des promenades, baignades, lectures, vidéos sur Youtube, nous avons suivi un cours de danse contemporaine dans la forêt donné par Mika, ainsi qu’une séance d’improvisation théâtrale dirigée par Peter. Le dimanche après-midi, la tradition est de jouer au football avec les locaux. Ils ont un grand stade au milieu de la jungle ! Sans four ni certains des ingrédients indispensables, Cindy a réussi à faire des pancakes à la cannelle et du riz au lait (concentré). Tous ensemble, nous nous sommes lancés dans la construction d’un four à bois en pierre. Bon le résultat n’est pas parfait, mais les petites pizzas cuites lors du premier test étaient plutôt bonnes !

On s’échauffe en attendant d’autres joueurs.

Four à bois improvisé dans le lit de la rivière.

Thibaut aide Alex à cimenter l’entrée de la maison dans laquelle nous vivons.

Mais, culinairement parlant, le sommet a été atteint pour le 40e anniversaire de Mika. Bien qu’il soit végétarien, il voulait faire plaisir aux habitants et les remercier pour le fait que nous puissions rester avec eux. Il a découvert que le mets le plus apprécié ici est… le porc. Et en ces temps de confinement, il n’est pas si facile de se procurer de la viande. Il a donc commandé un cochon avec un préavis de dix jours. Les habitants l’ont ramené vivant depuis la ville la plus proche (à deux heures à pied à travers les montagnes). Ils l’ont abattu, puis cuisiné. Chaque maison a reçu un kilogramme de viande et a pu se préparer un petit festin. Cindy a réussi à faire un beau gâteau basé sur un empilement de pancakes. L’hôte de Mika a invité les six étrangers à dîner chez elle, et nous avons passé une belle soirée avec bonne viande et délicieux dessert.

Il a fallu quelques semaines à Thibaut pour se rapprocher du seul résident qui, à sa connaissance, possède une guitare. Cette période difficile sans instrument est maintenant derrière lui. Il est devenu ami avec le dénommé Silver et lui emprunte sa guitare de temps en temps, ce qui est un grand soulagement, non seulement pour ses oreilles mais aussi pour son entourage.

Petite session guitare avec Silver et Mika.

 

Nous espérons que vous allez bien. Nous pensons à vous et espérons pouvoir vous retrouver bientôt.