MYANMAR: Fin du 1er chapitre.

2 mars 2020 4 Par CIN-TIB


 

Le voyage au Myanmar aura été un voyage dans le temps, aura été un mélange d’époques, nous aura fait retrouver notre âme d’artiste. Allez jeter un coup d’oeil dans l’onglet Art On The Road, nous y partageons quelques impressions.

Nous partons excités vers l’Inde qui semble être un pays encore complètement différent et intrigant. Voici ce qui nous a marqué, surpris, amusé, attiré voir repoussé dans ce pays que nous nous apprêtons à quitter:
Lors de notre expérience en tant que professeurs dans l’école d’anglais pour étudiants, nous avons organisé un topo sur “comment rédiger son CV”, et à notre grande surprise, la plupart des étudiants ne connaissaient pas leur date de naissance exacte. Ils en connaissaient le jour de la semaine car celui-ci détermine le nom qu’ils portent mais ni le mois, ni même l’année exacte. Vers l’âge de 10 ans, ils ont dû inventer une date pour faire leur carte d’identité… pourtant ces jeunes gens sont nés dans les années 90, ce n’est pas si lointain que ça!
Lors du voyage scolaire de deux jours dans l’état Mon, notre groupe (d’une vingtaine de personnes !) a été invité dans différentes familles. Celles des étudiants voire de connaissances à eux, pour manger ainsi que pour dormir. Il a été impressionnant de voir l’accueil que nous réservaient les hôtes. Souvent prévenus de notre arrivée, ils sortaient riz et gamelles de curry chaud. Il n’y avait plus qu’à installer des petites tables rondes, s’asseoir par terre et distribuer des assiettes. Après 4-5 repas par jour sur les deux jours (qu’il était très impoli de refuser! Mais ce à quoi nous n’avons même pas pensé vu les délices qu’ils nous offraient), nous étions en mesure de comparer l’intérieur des maisons traditionnelles de ces villages. Très jolies maisons en bois, surélevées pour prévenir l’entrée d’animaux rampants et rester au sec en saison des pluies. Nous avons été surpris par le peu de mobilier et par de grands espaces vides. Ces familles ont pourtant l’air assez aisées, les maisons étaient belles, soignées, décorées. Mais pas de chaises, ni de tables ni même de lits. Ici on couche sur des nattes posées à même le sol voire sur de fins matelas, on mange assis par terre sur des tables basses que l’on sort puis que l’on range. En cuisine aussi tout se fait au sol. On cuit les aliments dans des casseroles au dessus de petits foyers de braises. Il y a quelques étagères pour stocker gros woks, casseroles, oignons et carottes. Dans le reste de la maison on trouve deux grandes armoires vitrées. L’une où sont rangés la literie et les habits, l’autre la vaisselle. La salle d’eau contient un robinet qui remplit un réservoir dans lequel on pioche à l’aide d’un grand bol en plastique pour se verser de l’eau et se laver. Un trou au sol avec deux marches en carrelage sur les bords accueille les impuretés. Ce sont en d’autres termes des toilettes à la turque.

Entassés dans une sorte de pickup/mini-bus avec nos étudiants! Musique à fond, ambiance assurée pour faire passer les quelques heures de route.

Le “pré-petit déjeuner” avec thé/café et beignets.

 

Dans ces conditions il a été facile à la famille qui se chargeait de tous nous héberger de nous fournir de quoi dormir. Dans la pièce principale elle a disposé des nattes. Elle nous a donné une pile de couvertures et de coussins. Voilà. Simple et efficace. Dans cette même pièce où nous dormions tous ensemble, l’autel du Buddha éclairé par une lumière bleue a veillé sur nous toute la nuit. À 4h du matin la maîtresse de maison est venue réciter ses prières et faire des offrandes. Il n’est pas rare que les habitants de réveillent à des heures si matinales. Dans le calme de l’aube c’est souvent le temps des prières et des méditations, mais plus généralement c’est le moment où il est plus facile de fonctionner puisque la chaleur écrasante du jour n’est pas encore là.

Buddha veille toute la nuit et au petit matin reçoit son plateau repas.

Ah la Birmanie… ce pays si coloré ! 135 ethnies peignent le pays avec leurs coutumes et souvent leur langue. Les jupes appelés longyi pour les hommes sont caractéristiques d’une population donnée de par leurs motifs et leurs couleurs. L’ethnie majoritaire donne le nom à un état (ou région). Ainsi dans l’état Mon vit l’ethnie Mon, celles à laquelle appartiennent nos étudiants. Puis nous sommes montés voir le beau Lac Inle plus au nord dans l’état Shan où vivent majoritairement les Shan. Sur les conseils de voyageurs rencontrés en chemin, nous sommes arrivés au lac en faisant trois jours de randonnée organisée, en groupe et avec guide. L’occasion de passer par des villages Pa-o ( =dragon), petite minorité ethnique vivant de cultures dans les basses montagnes qui encerclent le lac. Des cultures entre autre de piment rouge!

Champ de piment rouge

Petite maison en bambou dans un village à 1500m d’altitude où on nous accueille pour la nuit

Délicieux repas tout au long des 3 jours de trek

Passage sur un pont en bambou. “One by one!” nous répète notre guide

Tissage de paniers en bambou

Notre dortoir dans le monastère

Petit match de foot avec les enfants du village sur le terrain du monastère

Deux éléments s’ajoutent à cette palette de couleur et cette fois-ci, au lieu d’être motifs de différenciation ils sont motifs d’unification nationale: le bétel et le thanaka.
Le bétel constitue la base de la “drogue douce” locale, aux propriétés stimulantes. La noix de bétel est coupée en petits bouts, et avec divers autres additifs (chaux, tabac, etc) elle est enveloppée dans une feuille de bétel. Ce petit paquet se place dans un coin de la mâchoire et se machouille ou se chique pendant quelques dizaines de minutes. La salive se colore alors en rouge, il est temps de la recracher bruyamment au sol. Les dents aussi se colorent. À la longue cela laisse des traces et détruit la dentition. Autant dire que de nombreuses personnes ici ont littéralement l’air de vampire quand ils sourient!
Le thanaka, lui, n’a rien à voir. Produit végétal: tronc, écorce et racines des arbres dit “à Thanaka” poussant en abondance dans la région, il est rapé et  écrasé avec de l’eau à l’aide d’un pilon plat. La pâte ainsi constituée est utilisée comme produit cosmétique. Appliquée principalement sur le visage elle protège du soleil et sert de maquillage pour les femmes. Ces dernières laissent à dessein des couches plus épaisses à certains endroits du visage.

Ce petit garçon, peint de thanaka sur le visage aime particulièrement le chapeau de Cindy

Après nos deux semaines de volontariat nous sommes montés au nord pour rejoindre Yangon, l’ancienne capitale, où nous avons passés quelques jours. Cindy a trouvé, avec difficulté, un tout petit cordonnier de rue qui lui a réparé tant bien que mal ses chaussures.
Pourquoi est-il si difficile de trouver un cordonnier? Parce que dans ce pays les gens ne portent pas (sauf exception) de chaussures fermées. Des vendeurs de rue aux fonctionnaires dans les ministères en passant par les guides de randonnée, tout le monde chausse des tongs. Avec certaines nuances de matière toutefois, led tongs en velours étant plus classes que celles en plastique. Peut-être que cela est tout simplement plus commode vu qu’il faut se déchausser 10 fois par jours par marque de respect en entrant dans les maisons et les temples. Au final, on passe encore plus de temps pieds nus, le dessous de pied se colorant de gris noir à cause de la poussière.

Ville de Yangon

Cordonnier…

A Yangon les motos sont interdites ainsi des tricycles les remplacent. On teste. Thibaut échange un moment avec le conducteur

Pour rejoindre Yangon depuis Mawlamyine nous avons pris le train.
Nous finirons cet article par vous retranscrire nos impressions écrites sur le vif. Car, le train, en Birmanie c’est tout un poème:
Fenêtres ouvertes l’aération est naturelle, pas de barrière pour la poussière mais pas non plus pour apprécier les vues qui défilent, plaisir facilité par la lenteur du train. Nous regardons les champs, les variations de couleurs et de temps à autres la vie dans les villages. Quand le train passe à côté de villages ce sont tous les enfants qui courent à sa rencontre pour faire coucou aux passagers. Et dès que le train s’arrête c’est l’occasion pour les marchands de monter ou de descendre. Depuis le départ ça défilent dans tous les sens: femmes avec plateaux surchargés sur la tête, hommes avec paniers. Tout passe devant nos yeux: poissons séchés, riz, beignets, sucrerie, aliments indéteminés, jus de fruits, bières, eau, café chaud, épis de maïs bouilli, plats préparés et même des petites peluches pleines de poils colorés. Il n’y a qu’à arrêter le marchand dès qu’une petite faim se présente et en échange de quelques sous on est rassasié. Le bruit est constant, la machinerie ainsi que les marchands qui crient pour avertir les passagers de ce qu’ils apportent. Ça balance dans tous les sens, de droite à gauche et de bas en haut de quoi avoir le “mal de terre”. Mais bizarrement cela nous dérange pas. On lit, on dort, on observe, on se fait bercé. Les 10h30 pour parcourir 300km passent en douceur.
A bientôt dans le grand pays de l’Inde!