Qu’est devenue la citadine non-sportive?
Cet article est écrit en référence à Une Citatine Non-Sportive s’embarque dans un Voyage en Vélo-Tandem de longue durée. écrit en décembre 2017.
« Je m’ennuie, la route est toute plate… Il ne pourrait pas y avoir deux trois côtes ? »
« Nous avons encore la possibilité de prendre une douche chaude ce soir ?! Oh non… je me suis lavée il y a à peine deux jours, je ne peux pas me relaver là comme ça… »
« Je n’ai pas faim ce soir, je n’ai pas fait assez de vélo aujourd’hui. »
Ces phrases ont été prononcées.
Inconsciemment, dans un moment de folie ou le plus naturellement du monde ? Personne ne le saura jamais.
La non-sportive ?
Et voilà je l’ai fait. On dira ce qu’on voudra, je l’ai fait. 13 000 km à vélo.
Sans moteur électrique. Avec mes cuisses, mes mollets, mes fesses dures, à l’heure actuelle, comme du béton. Et le dénivelé dans l’histoire ? Oh, bien quelques kilomètres de positifs en cumulés !!! Et oui M’sieur, Dame ! Ca vous en bouche un coin ?
Alors bien sûr, je croiserai toujours sur mon chemin des personnes comme ce monsieur, rencontré au Danemark, dans un magasin de vélo. J’étais à la caisse, il était derrière moi. J’achetai un pneu pour notre remorque dont le pneu était plus que usé. Thibaut m’attendait quelques kilomètres plus loin, bloqué par une énième crevaison. Ce monsieur comprit que je voyageais et, curieux, me demanda :
– Vous venez de loin Mademoiselle ?
Toute fière, avec un large sourire, je lui répondais :
– Oui, Monsieur, cela va bientôt faire un an que nous voyageons avec mon compagnon, et nous en sommes à plus de 10 000 km parcourus. Tout à vélo !
Aucune marque de surprise ne se profila sur son visage. Il continuait à sourire courtoisement. Je mis mon enthousiasme de côté et lui demandais :
– Vous faites beaucoup de sport, n’est-ce pas ? Et vous avez déjà fait des longs voyages à vélo, est-ce que je me trompe ?
Là, son visage s’éclaira et il me dit tout content :
– Tout à fait, j’adore me dépenser ! Je fais beaucoup de sport. Nous partons tous les ans avec mes enfants à vélo. Et cela leur plaît tellement que même à l’âge de vingt ans ils continuent de vouloir partir avec nous. Nous faisons 100 à 150 km par jour. Une fois, nous sommes partis 5 semaines et nous avons cumulé 3 500 km. C’était un beau voyage.
– Oui, d’où le fait que vous ne soyez point surpris par mes 10 000 km en un an…
Et puis il y aura ceux qui s’écriront, leurs yeux sortant de leur orbite :
– Quoi?!? 10 000 km ?!?!?! A vélo ?!?!?!?!?! Impossible !! Incroyable !! Inimaginable !! Comment as-tu fait ??
Si je leur avais dit 1 000 km ou 100 000 km, ils auraient très probablement eu la même réaction, ne comprenant absolument pas à quoi ces chiffres correspondent. Dans leur tête, ça aurait été aussi dur à imaginer que si je leur avais dit que j’étais allé en trottinette sur Mars. Je leur aurais alors demandé si ils ont l’habitude de faire du vélo, ne serait-ce que de temps en temps pour se déplacer en ville. Et ils m’auraient très probablement répondu que non, que le vélo, ce n’était vraiment pas leur truc 😉 et alors c’est moi qui ne m’en étonnerais pas.
Il est dur de s’imaginer ce que représente faire quelques milliers de kilomètres à vélo, sauf pour ceux qui l’ont déjà fait. Et encore, ce n’est pas si évident car chaque voyage est singulier. Il faut prendre en compte le dénivelé, l’état des routes et le chargement du vélo pour bien se rendre compte de l’enjeu. Sans parler de voyage, de nombreux cyclistes parcourent des milliers de kilomètres chaque année rien que dans le cadre de leur entraînement.
Le plus drôle était lorsque les gens amusés par notre chargement nous demandaient au bord des chemins : « Où allez-vous comme cela ? ». Si, au sud de la Grèce, nous répondions : « Nous allons en Finlande ! », les gens nous regardaient, s’interrogeaient eux-même, ne comprenaient pas bien. Alors nous rectifiions le tir et nous leur disions : « Nous allons à Athènes ! » ; là il s’écriaient : « A Athènes ! En vélo ! Mais vous êtes fous, c’est beaucoup trop loin ! » Si c’était une conversation brève de bord de route, nous évitions alors de dire que nous venions de France, que nous étions en chemin depuis des mois, cela demandait un peu de temps et d’explications.
Hmm, je ne sais pas, je peux peut-être commencer à dire que je suis sportive. Cela me fait tout drôle et ce n’est peut-être pas vraiment le mot adéquat. Dans un premier temps, je vais simplement arrêter de me décrire comme étant non-sportive. Ce sera déjà pas mal;)
La Citadine ?
J’étais tellement, tellement contente de retrouver mes affaires, mes quelques habits que j’avais sauvegardés du grand débarras que nous avions fait avant de partir. Mon maquillage que j’avais acheté pour le mariage. La coiffeuse qui m’a fait une jolie coupe en éliminant toutes mes pointes abîmées et qui m’a dit « plus de casque pour le moment. Vos cheveux se sont affinés sur le dessus, ils ne sont pas en bonne forme. Le casque étouffe le cuir chevelu, et le cheveu n’apprécie guère… et puis vous ferez quelques soins à vos cheveux car le vent, le soleil, être dehors toute la journée cela a fortement asséché vos cheveux. ». Le lit. Et surtout se déplacer différemment qu’à vélo sur des longues distances …;)
Je n’en ai pas marre du vélo en tant que tel, même si en m’écoutant on pourrait fortement le croire 😉 ! Non, je ne suis pas dégoûtée, et je pense qu’après une bonne pause bien méritée, j’apprécierai de refaire des voyages. Et en dehors des voyages ce qui m’attire pas mal c’est le vélo de route. Il faudrait que j’essaie d’en faire un peu 😉
Enfin, disons que cela fait du bien de rentrer et qu’il y a eu, pour moi, quelques semaines de trop. J’ai apprécié jusqu’au bout sillonner les routes de France, mais j’avoue que je me serais bien arrêtée, disons, début octobre. J’avais dès lors une fatigue qui ne faisait que s’accumuler quoi que je fasse, j’avais de plus en plus envie de rentrer à un mode de vie plus stable et d’avoir un espace personnel non tout le temps partagé avec Thibaut.
Cependant la citadine que je suis, n’aime visiblement plus la vue du béton autant qu’avant, et aspire à une liberté de l’espace l’environnant. Laissez-moi vous décrire ce qui va le plus me manquer.
Imaginez-vous un tableau d’impressionniste aux couleurs et aux lumières attendrissantes. Regardez-le. Appréciez puis enlevez le cadre. Sans le cadre, le tableau prend tout l’espace qui lui est offert. Alors, pour découvrir l’ensemble du tableau vous devez marcher car vous n’apercevez plus la fin de l’oeuvre. Vous oubliez que vous êtes en mouvement, les formes et les couleurs défilent devant vos yeux. Le parquet craquant du musée se transforme en pavé puis en goudron coulé au milieu de champs aux plantations variés. Le plafond disparaît et s’ouvre sur l’immensité. L’air s’engouffre et vous emplit les poumons de sa fraîcheur. Les notes de musiques se dispersent, les oiseaux et autres êtres vivant s’en emparent et les font jouer à tour de rôle. Et sans même avoir compris la transition vous vous rendez compte que c’est la principale occupation de votre journée. Vous roulez sur les routes d’un musée ouvert et vivant. Les palettes de couleurs, de sons et de sensations s’entremêlent et changent à l’infini ne vous laissant jamais rassasié par sa diversité.
C’est ainsi que je suis tombée amoureuse du vert et de ses nombreuses déclinaisons. Je pourrais passer des heures à observer les petites feuilles des arbres frémir au vent. Le marron dégradé des écorces me rassure, le mouvement de leur courbure m’amuse. Le bleu. De la mer, du ciel. Le bleu océan, si énigmatique, cassé par le blanc de l’écume, me fait vibrer. La pâleur du ciel accueille le rose pâle se mêlant au violet, le rouge fait irruption et tâche sa robe de sang, les formes dansent et au milieu de tout ça, le soleil s’impose et explose. Vous pourrez jeter un coup d’œil à l’album photo « Oh beautiful sky and beautiful sun » dans l’onglet Photos du blog. De loin la collection de photos, réalisée cette année, que je préfère.
Sur cette note artistique je vous laisse rêver au voyage, aux balades à pied ou à vélo, à la forêt, à la campagne, aux montagnes, aux lacs, aux fjords. Je vous souhaite de tout cœur d’aller à la rencontre de ces bijoux dès que vous en aurez l’occasion. Quant à moi, j’ai tellement fait le plein qu’il me suffit de fermer les yeux pour que les images défilent et m’apaisent.
